Lyrics sur le parcours, le destin différent de deux inconnus, l'un riche occidental (le prince) et l'autre pauvre asiatique. Le tout écrit comme un petit conte (thème de l'album "règlement de contes" de Kwal). Une belle conclusion sur sois (un peu sur nous tous, chanceux occidentaux à l'abris de certains problèmes du tiers monde, même si comme dit, tout est loin d'être rose par ici) pour finir (en bleur). Honnête et réaliste.
Un rapeur, un artiste à découvrir, c'est sur.
LE PRINCE ET LE PAUVRE
C'est au même instant qu'ils poussèrent tous les deux leur premier hurlement, l'un tout près d'ici, bien tranquillement, fit son apparition au milieu des visages bienveillants d'hommes et de femmes en blanc, et de deux parents impatients, pour fêter l'événement, de faire ripaille, mais l'autre vint au monde dans une grange sur la paille, quelque part dans un pays d'Asie bien lointain où l'on mange le riz comme ici le pain, et son premier cri on l'étouffa pour ne pas attirer des soldats. C'était ainsi, aucun des deux n'avait choisi son numéro dans la grande loterie de la vie, le premier serait prince, aurait le droit de vivre comme un roi, le second serait pauvre jusqu'à l'heure de son trépas...
Un an passa, et puis il eut une fête princière, un premier anniversaire sous le regard tendre d'un père, d'une mère, émus et fiers de voir leur enfant grandir, lutter maladroitement à cet instant pour éteindre sa première bougie, c'était touchant. Chez le pauvre ce soir-là, c'était un autre combat, celui de tout un village meurtri qui tentait en vain de vaincre un gigantesque incendie, d'origine certes pas naturelle, mais parachuté du ciel dans des colis de mort largués depuis de sinistres appareils volants qui ne faisaient jamais dans le détail : vu d'avion, forêt ou village, humain ou bétail, c'était pareil !
Il y eut l'âge des premières corrections que le petit prince pas assez sage recevait, les yeux inondés de larmes, larmes que le pauvre ne put retenir quand, sous ses yeux innocents, on fit de ses parents deux martyrs.
Le pire c'était l'école : des devoirs, de l'histoire, des maths, de la grammaire à ne savoir qu'en faire ; quand le réveil du prince sonnait, c'était l 'enfer ! Il n'en aurait pas fait toute une affaire s'il avait appris qu'entendre le champ du coq après la nuit signifiait pour le petit pauvre qu'il était encore en vie, et dans son pays, beaucoup comme lui auraient tout, tout donné pour pouvoir se reposer sur un banc d'école, n'avoir rien d'autre à faire qu'étudier, plutôt que d'avoir à rapporter le pain quotidien, plutôt que d'avoir à travailler au champ de leurs petites mains fragiles, plutôt que d'avoir à être agiles pour courir vite, éviter de devenir des cibles trop facile, plutôt que d'avoir si souvent à jouer à cache-cache dans la pénombre en attendant patiemment la fin des pluies de bombes.
Ces jeux-là, ça existait pour de vrai, mais allez savoir pourquoi, la maîtresse d'école du prince n'en parlait jamais. Il n'y avait même pas de quoi faire des cauchemars quand elle racontait la guerre, c'était toujours tout blanc tout noir, des gentils des méchants dans les livres d'histoire.
Pourtant le pauvre voyait toujours défiler des hommes en uniforme, mais c'était jamais les mêmes, il ne savait même pas qui faisait quoi, pourquoi on se battait, et à vrai dire, il s'en moquait. Il y avait les bombes qui tombaient, les tombes qui s'entassaient, personne ne connaissait le mot paix, jamais, et c'était toujours dans son village qu'on brûlait, qu'on pillait, qu'on torturait, qu'on prenait des otages.
Voilà les deux histoires, somme toutes bien ordinaires, de deux êtres que tout aura toujours opposé, l'un avait le superflu en plus du nécessaire : du toit, des droits, pourtant il se plaignait parfois.
L'autre considérait la vie comme un don du ciel, la souffrance comme épreuve, et la prenait comme telle. Il vivait prudemment au présent, savourait chaque instant de répit, était finalement plus sage sûrement et même plus heureux peut-être, en tout cas, il aurait 22 ans aujourd'hui, la dernière balle qu'il a fui allait trop vite pour lui, et elle est venue se perdre dans un recoin de son crâne...Paix à son âme ! Puisse-t-elle trouver là où elle est le repos qu'elle mérite, moi je pleure à sa mémoire, car même si, tôt ou tard , à mon tour, je retournerai à la terre, mon voyage ici-bas aura eu un tout autre visage : oui, il faut que je confesse que je suis ce prince, sans titre de noblesse, mais à l'existence bénie, né dans un pays de cocagne et même si vraiment, tout n'est pas rose ici, j'ai grandi dans un paradis sur terre, à l'abri, bien loin des flammes de l'enfer. Je n'ai rien choisi, je ne suis coupable de rien, par contre je devrais mourir de honte chaque fois que je me plains, car elle est loin l'idée de la mort quand je me lamente sur mon sort, alors que tous les soirs comme un bienheureux je m'endors.
Kwal
Un rapeur, un artiste à découvrir, c'est sur.
LE PRINCE ET LE PAUVRE
C'est au même instant qu'ils poussèrent tous les deux leur premier hurlement, l'un tout près d'ici, bien tranquillement, fit son apparition au milieu des visages bienveillants d'hommes et de femmes en blanc, et de deux parents impatients, pour fêter l'événement, de faire ripaille, mais l'autre vint au monde dans une grange sur la paille, quelque part dans un pays d'Asie bien lointain où l'on mange le riz comme ici le pain, et son premier cri on l'étouffa pour ne pas attirer des soldats. C'était ainsi, aucun des deux n'avait choisi son numéro dans la grande loterie de la vie, le premier serait prince, aurait le droit de vivre comme un roi, le second serait pauvre jusqu'à l'heure de son trépas...
Un an passa, et puis il eut une fête princière, un premier anniversaire sous le regard tendre d'un père, d'une mère, émus et fiers de voir leur enfant grandir, lutter maladroitement à cet instant pour éteindre sa première bougie, c'était touchant. Chez le pauvre ce soir-là, c'était un autre combat, celui de tout un village meurtri qui tentait en vain de vaincre un gigantesque incendie, d'origine certes pas naturelle, mais parachuté du ciel dans des colis de mort largués depuis de sinistres appareils volants qui ne faisaient jamais dans le détail : vu d'avion, forêt ou village, humain ou bétail, c'était pareil !
Il y eut l'âge des premières corrections que le petit prince pas assez sage recevait, les yeux inondés de larmes, larmes que le pauvre ne put retenir quand, sous ses yeux innocents, on fit de ses parents deux martyrs.
Le pire c'était l'école : des devoirs, de l'histoire, des maths, de la grammaire à ne savoir qu'en faire ; quand le réveil du prince sonnait, c'était l 'enfer ! Il n'en aurait pas fait toute une affaire s'il avait appris qu'entendre le champ du coq après la nuit signifiait pour le petit pauvre qu'il était encore en vie, et dans son pays, beaucoup comme lui auraient tout, tout donné pour pouvoir se reposer sur un banc d'école, n'avoir rien d'autre à faire qu'étudier, plutôt que d'avoir à rapporter le pain quotidien, plutôt que d'avoir à travailler au champ de leurs petites mains fragiles, plutôt que d'avoir à être agiles pour courir vite, éviter de devenir des cibles trop facile, plutôt que d'avoir si souvent à jouer à cache-cache dans la pénombre en attendant patiemment la fin des pluies de bombes.
Ces jeux-là, ça existait pour de vrai, mais allez savoir pourquoi, la maîtresse d'école du prince n'en parlait jamais. Il n'y avait même pas de quoi faire des cauchemars quand elle racontait la guerre, c'était toujours tout blanc tout noir, des gentils des méchants dans les livres d'histoire.
Pourtant le pauvre voyait toujours défiler des hommes en uniforme, mais c'était jamais les mêmes, il ne savait même pas qui faisait quoi, pourquoi on se battait, et à vrai dire, il s'en moquait. Il y avait les bombes qui tombaient, les tombes qui s'entassaient, personne ne connaissait le mot paix, jamais, et c'était toujours dans son village qu'on brûlait, qu'on pillait, qu'on torturait, qu'on prenait des otages.
Voilà les deux histoires, somme toutes bien ordinaires, de deux êtres que tout aura toujours opposé, l'un avait le superflu en plus du nécessaire : du toit, des droits, pourtant il se plaignait parfois.
L'autre considérait la vie comme un don du ciel, la souffrance comme épreuve, et la prenait comme telle. Il vivait prudemment au présent, savourait chaque instant de répit, était finalement plus sage sûrement et même plus heureux peut-être, en tout cas, il aurait 22 ans aujourd'hui, la dernière balle qu'il a fui allait trop vite pour lui, et elle est venue se perdre dans un recoin de son crâne...Paix à son âme ! Puisse-t-elle trouver là où elle est le repos qu'elle mérite, moi je pleure à sa mémoire, car même si, tôt ou tard , à mon tour, je retournerai à la terre, mon voyage ici-bas aura eu un tout autre visage : oui, il faut que je confesse que je suis ce prince, sans titre de noblesse, mais à l'existence bénie, né dans un pays de cocagne et même si vraiment, tout n'est pas rose ici, j'ai grandi dans un paradis sur terre, à l'abri, bien loin des flammes de l'enfer. Je n'ai rien choisi, je ne suis coupable de rien, par contre je devrais mourir de honte chaque fois que je me plains, car elle est loin l'idée de la mort quand je me lamente sur mon sort, alors que tous les soirs comme un bienheureux je m'endors.
Kwal